Publication du Docteur Vincent Locquet dans le Canard Enchainé

Publication du Docteur Vincent Locquet dans le Canard Enchainé
29/04/2026

Tous les coudes ne sont plus permis

LE SEUL FABRICANT en Europe de prothèses de coude, dites « têtes radiales modulaires », c'est-à-dire plus facilement adaptables à la morphologie des patients, a cessé sa production il y a deux ans. Depuis, les stocks s'amenuisent, ce qui complique le traitement des malades. La production n'était-elle plus assez rentable pour Stryker, leader mondial aux 25 milliards de dollars de chiffre d'affaires ? La firme n'a pas répondu au « Canard ».

« Nous posons ce type de prothèse environ une fois tous les quinze jours. Nous les destinons à des personnes jeunes atteintes d'arthrose ou victimes de fractures complexes », explique le docteur Vincent Locquet, chirurgien à Lyon. A l'annonce de la fin de la production, ses confrères et lui ont racheté les stocks disponibles.

Mais certains modèles font déjà défaut. Les chirurgiens doivent alors se rabattre sur des prothèses non modulaires, « donnant de plus mauvais résultats », précise le docteur Locquet. Cette option était jusqu'ici réservée aux patients non éligibles à la prothèse, notamment en raison de leur âge. Elle s'étend désormais à d'autres : « J'ai un patient dans ce cas. Travailleur manuel âgé de 31 ans, il sera déclaré invalide pour sa profession », regrette le praticien lyonnais.

L'articulation de ce patient aurait pourtant pu être sauvée. Il y a quatre ans, la société haut-savoyarde KeriMedical avait formulé une offre de rachat à Stryker pour sa tête radiale. « Deux ans de discussions pour aboutir à un refus, déplore son cofondateur Dougal Bendjaballah. Commercialement, je comprends que Stryker ne soit plus intéressé par les produits de niche. Mais l'Union européenne devrait obliger à une continuité de fabrication dès lors qu'une offre concrète de reprise est formulée. » Pour y parvenir, il va falloir jouer des coudes.